V comme Veillée (provençale)
(veillée, premier épisode)

Premier billet avec V, car bon, mes idées en fonction de l'alphabet se raréfient... (j'ai trouvé pour X et Z !).

Après les Oreillettes (O comme Oreillettes) et les Treize Desserts (T comme 13 desserts), je vous propose une autre tradition provençale : le Cacho Fio [à prononcer"catcho fi-o"] et puisque vous êtes sages, en fin de billets, la recette des tuiles de ma Mom, trop bonnes !

La veillée de noël commence par deux pratiques, mi-religieuse, mi-magique, souvenir des libations romaines (selon le comité du tourisme de Vaucluse !).

File:Cacho fio 1916.jpg
Carte de 1916, Museon Arlaten (Arles), musée des traditions provençales

L'aïeul choisit une bougie parmi celles éclairées, la présente à la famille. Si la flamme se couche comme un épi trop lourd, la récolte sera bonne, si elle reste bien droite, la grange sera vide.

Ensuite, le cacho-fio ! On dit "bouta cacho-fio" : bouter le feu à la bûche, "cacha" le feu signifiant allumer le feu. La bûche, choisie par le plus âgé et le plus jeune doit être de bois fruitier (poirier, cerisier, olivier [bien, car l'olivier brûle lentement]) et de taille conséquente.


Cérémonie du cacho fio en Haute Provence, gravure de la fin du XIXe siècle

Le plus jeune et le plus âgé, l'aïeul et le pitchoun (petit) ou caganis (le petit dernier, littéralement, celui qui cague encore dans ses brailles) présentent la bûche à la cheminée, avec toute l'assemblée, tournent trois fois autour de la table, en répandant (par trois fois, donc) sur la souche avant de l'allumer, selon les traditions : du lait ou du miel, en souvenir du Paradis terrestre, dont la naissance du Christ Sauveur est venu réparer la perte ou du vin cuit, en souvenir de la vigne cultivée par Noé, dans le monde neuf, après le déluge.

Le plus jeune chante, alors qu'est versé le liquide :

Ô feu, réchauffe pendant l'hiver les pieds frileux des petits orphelins et des vieillards infirmes,
Répands ta clarté et ta chaleur chez les pauvres
Et ne dévore jamais l'étable du laboureur ni le bateau du marin.

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La bûche est alors allumée et le plus âgé et le plus jeune entonnent alors :

Alègre ! Diou nous alègre !
Cacho-fio ven, tout ben ven
Diou nous fagué la graci de veïre l'an que ven,
Si sian pas mai, que siguen pas men.

(Joie ! Dieu nous remplis de joie !
Avec Noël, tout de bien arrive
Que Dieu nous fait la grâce de voir l'an prochain
Et que si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins)

File:Chimney Fire 0001.jpg

La bûche doit durer au moins jusqu'au premier de l'an, sinon jusqu’à l’Epiphanie. On la remet au feu un peu chaque jour. Le reste de la bûche est conservée et on l’a rallume les jours d’orage pour épargner la maison de la foudre. Les paysans déposent des morceaux de charbon provenant de la bûche dans les étables pour protéger le bétail des maladies.


salle calendale, le cacho fio, Museon Arlaten (source), autre angle d'une image publiée dans le billet En Avent ! précédent

Après le cacho-fio, vient le Gros Soupa (S comme (Gros) Soupa)

Peu à peu, cette tradition disparut, en Provence et ailleurs, les grands âtres disparaissant et étant remplacés par des poêles de fonte. La grosse bûche fut alors remplacée par une petite bûche de bois parfois rehaussée de chandelles et de verdure, qu’on plaçait au centre de la table comme décoration de Noël.

Et c’est pour continuer à célébrer ce rituel que la bûche de Noël a vu la jour sous la forme d’un délicieux dessert, décoré de feuilles et de roses en sucre, qui aurait été inventé par un pâtissier en 1945. 

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(mon gâteau préféré (parfum grand Marnier), avec la brioche des Rois)

des récits de veillée ailleurs en France ? ici et .

Pour faire un des Treize Desserts ou juste pour les gourmands, je vous livre la recette de ma Mom pour les Tuiles

Tuiles de Mom

Tuiles aux Amandes

tuiles_aux_amandes

-  2 blancs d’œuf non battus
-  100 g de sucre
-  50 g de farine
-  50 g de beurre
-  40 g d’amandes hachées.

Mettre dans une terrine les blancs d’œuf, le sucre, le beurre (mou) et la farine.
Mêler le tout et ajouter les amandes hachées.
Faire chauffer le four à thermostat 8.
Beurrer la plaque du four. Disposer le mélange par toutes petites quantités assez espacées, sur la plaque.

Cuire quelques minutes puis les détacher avec un couteau à lame large et aussitôt les rouler sur un manche de cuillère en bois 
(ou sur un manche à balai propre, entouré de papier aluminium, c’est le top, ou toute autre forme ronde).
Faire les tuiles en plusieurs fournées. 

Les tuiles se conservent au moins 8 jours dans une boîte métallique.
A la maison, maximum quelques heures...