(d’après « Le Magasin pittoresque » paru en 1841)

Pâques

Dans nos provinces françaises, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, c’est une ancienne coutume d’échanger, au temps de Pâques, des cadeaux d’oeufs ornés et coloriés. Inventer de nouvelles manières d’embellir les oeufs de Pâques, d’y tracer des dessins, des ornements, de les peindre de mille façons, de les incruster de gravures, de les habiller de bas-reliefs en moelle de sureau, d’y tracer d’ingénieuses devises, c’est ce qui fait l’amusement et presque l’occupation de la plupart des enfants et des jeunes filles longtemps avant le moment fortuné où les présents, soigneusement préparés en grand secret, seront enfin produits au grand jour.

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Qui de nous, même dans les grandes villes, où peu à peu ces gracieuses coutumes disparaissent, qui ne s’est senti réjoui en promenant ses regards sur ces vastes corbeilles remplies d’oeufs rouges qui brillaient au soleil, et semblaient annoncer le renouvellement de l’année et le réveil d’une nature féconde ? Cet usage des présents d’oeufs de Pâques nous vient probablement de l’Orient, où l’oeuf joue un grand rôle comme symbole du chaos, état primitif du monde, et de la création qui a développé le germe de toutes choses.

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Voici ce que Chardin raconte de la fête du nouvel an en Perse, où, comme jadis en France, l’année s’ouvre à l’équinoxe de printemps :

« La fête du nouvel an, la seule fête civile que les Persans connaissent, est célébrée avec beaucoup de pompe. Le sultan Djeladdin, instituteur d’un calendrier qu’on dit préférable au calendrier grégorien, a fixé la fête du renouvellement de l’année solaire au soir de l’équinoxe du printemps. On annonce la fête au peuple par des décharges d’artillerie et de mousqueterie. Les astrologues, magnifiquement vêtus, se rendent au palais du roi ou chez le gouverneur du lieu une heure ou deux avant l’équinoxe pour en observer le moment (...) A l’instant qu’ils donnent le signal, on fait des décharges, et les instruments de musique, les timbales, les cors et les trompettes, font retentir l’air de leurs sons. Ce ne sont que chants, qu’allégresse, chez tous les grands et riches du royaume. A Isaphan on sonne des instruments, pendant les huit jours que dure la fête, devant la porte du roi, avec des danses, des feux et des comédies comme à une foire ; et chacun passe la huitaine dans une joie qui ne se peut représenter.

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Les Persans, entre autres noms qu’ils donnent à cette fête, l’appellent la fête des habits neufs, parce qu’il n’y a homme si pauvre et si misérable qui n’en mette un, et ceux qui en ont le moyen en mettent tous les jours de la fête (...) Chacun échange des présents, et dès la veille on s’entr’envoie des œufs peints et dorés. Il y a de ces œufs qui coûtent jusqu’à trois cents ducats d’or la pièce. Le roi en donne de cette espèce quelque cinq cents de son sérail, et on les présente dans de riches bassins aux principales dames. L’œuf est couvert d’or, avec quatre petites figures ou miniatures très finement faites aux côtés. On dit que de tout temps les Persans se sont donné des œufs comme cela au nouvel an, parce que l’œuf marque le commencement des choses.

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 source : La France pittoresque (clic)